Prologue
Il était là. Je l’entendais monter à l’étage. Les marches du vieil escalier en bois grinçaient
sous ses pas lourds et oppressants. Il approchait trop rapidement à mon goût. Plus que trois marches, deux marches, une marche… Voilà il était presque devant moi maintenant.
J’étais accroupi derrière la porte de ma chambre. Mon T-shirt me collait à la peau, je pouvais
sentir la moindre goutte de sueur perler sur mon front. J’étais en nage.
Je le sentais arriver dans le couloir, je savais qu’il était là… et c'était réciproque. Il
connaissait mon existence. Il savait la peur qu’il m’inspirait. Il savait où me trouver. Il savait comment me faire mal. Il savait tout.
La mort avançait dans ma direction, me réservant ses noirs desseins. Toute mon attention était
fixée sur elle. Je savais qu’elle venait pour moi… encore.
Mais je ne le laisserais pas faire cette fois ! J’avais fermé la porte avec le verrou et
était resté derrière. Il ne pouvait pas entrer.
Il arriva alors devant ma porte. Mon esprit affolé criait :
« Va–t-en ! Je n’existe pas ! Il n’y a personne pour toi ici. Va-t-en ! Va-t-en ! »
Je sentis son regard glacial
se poser sur moi à travers la porte. Il sentait ma présence. Ses yeux me transpercèrent de part en part, me faisant trembler de peur et d’effroi. Et brusquement Il cogna, tambourinant sur la
porte !
Mon esprit hurlait :
« Pitié ! Pitié ! Pitié »
Puis plus rien… le silence était revenu, je ne sentais plus sa présence. Il était parti. Le cauchemar était parti. Je restais là, assis, adossé
contre la porte. Il n’était plus là, il était parti. Cette pensée fit naître en moi un soulagement et un espoir mérités. Ceux-ci furent immédiatement brisés par une vive douleur dans le dos et
dans le ventre.
Je baissais les yeux pour constater avec horreur qu’une lame venait de transpercer mes entrailles. La mort avait frappé à travers la
porte.
Ce fut mes dernières pensées avant de voir la lame fine et d’un éclat quasi divin remonter vers mon visage.
Finalement je n’avais pas pu l’arrêter.